Le goût et la saveur

Qui s’agit-il d’engager pour prendre des responsabilités dans une paroisse ? Le choix radical d’Albert Rouet, évêque émérite, prête à réflexion.

« Ce qui est folie dans le monde, Dieu l’a choisi pour confondre les sages ». Cette parole de l’apôtre Paul est au cœur de la réflexion d’Albert Rouet quand, archevêque de Poitiers, il réorganise l’Église. Il raconte avec un regard malicieux le jour où il provoque l’étonnement de quelques théologiens quand il leur révèle que la responsabilité pastorale d’une communauté locale a été confiée à une vieille dame sans grande instruction plutôt qu’à un professeur d’Université.

S’affranchissant tant de la dictature du nombre que du recours obligé aux prêtres, il fait confiance à des équipes réduites, locales, sans les qualifications académiques généralement attendues pour présider à la vie des communautés locales. C’est qu’une conviction l’habite, le Christ ne nous appelle pas à être nombreux — ni des puits de science —, mais à avoir du goût et de la saveur. Et qu’est-ce qui a de la saveur sinon des femmes et des hommes qui cherchent à vivre simplement et pleinement la prière, l’exercice de l’amour et l’annonce de l’Évangile ?

Albert Rouet en conférence à Clarens (VD), octobre 2019
Ce n’est pas d’abord de connaissance que les gens ont besoin mais d’expérimenter la profondeur et la pertinence de l’Évangile. Et cela ne peut se faire que dans l’action concrète, quand hommes et femmes prennent leurs responsabilités.

C’est pourquoi, convaincu que l’Esprit distribue ses dons librement à chaque baptisé.e, il ose aller chercher les personnes qui appartiennent au cercle des croyants non pratiquants et non d’abord les fidèles parmi les fidèles pour devenir responsables d’une communauté locale. Ils feront l’expérience de l’Évangile dans l’exercice de leur fonction.

Et l’ecclésiastique de citer en exemple ce mécanicien, auquel personne n’aurait pensé, qui devient l’intendant d’une communauté locale. Autrefois son garage était ouvert à l’heure de la messe. Depuis, il n’y a plus de voiture en panne le dimanche matin quand la communauté se rassemble pour la prière !

Si Dieu choisit les choses folles du monde, comment l’Eglise pourrait-elle faire autrement ? Si Dieu fait confiance aux faibles, pourquoi l’Eglise n’ose pas la même confiance à l’égard de ses paroissiens. Faut-il vraiment avoir toutes les qualifications théologiques pour présider la prière, annoncer la foi et exercer l’amour concret ?

Bernard Bolay, pasteur

 
Les impulsions du Labo Khi

Comment retrouver une forme de simplicité ? Les structures institutionnelles de nos Églises réformées sont charpentées et solides. Seraient-elles des colosses aux pieds d’argile ? Trop d’institution tue l’institution. Peut-on élaguer les règlements devenus trop contraignants ? Jusqu’où peut-on tricher avec le système lorsqu’il devient trop étouffant ? Et comment permettre aux règles de soutenir la dynamique plutôt que de chercher à pallier tous les cas de figure ? La réponse n’est pas simple. Il convient de cheminer avec le souci de garder le cap en restant fidèle à un Jésus qui a allègrement transgressé nombre de règles religieuses de son temps au profit d’une loi d’amour supérieure, source de goût et de saveur.

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