Cette année, le théologien et chercheur ghanéen Joseph Kwadwo Asuming va proposer plusieurs ateliers en Suisse francophone. Son but ? Apprendre à réancrer la Bible dans le vécu et le contexte local de chacun en s’inspirant des pratiques des Akans du Ghana. Interview.
Quels sont les objectifs de ces interventions ?
Le but est de faire découvrir une pratique chrétienne africaine que l’on retrouve chez mon peuple, les Akans, et que j’étudie dans le cadre d’un projet de recherche : la Bible Orale. Celle-ci consiste à recomposer à l’oral les textes bibliques en les contextualisant avec des éléments venant des traditions et de la vie locales. Cette tradition, d’après les personnes qui la perpétuent, permet de se sentir plus proche des auteurs bibliques considérés comme des conteurs qui ancraient ce qu’ils comprenaient de Dieu dans leur contexte local. Les ateliers présenteront la Bible Orale telle qu’on la trouve au Ghana, puis les participants s’essayeront à adapter la pratique et à créer eux-mêmes leur propre Bible Orale. J’espère générer des moments de partage et d’interculturalité créative autour d’un de mes sujets de recherche académique.
Que peut apporter le christianisme ghanéen à l’Europe ?
J’aime rappeler une phrase du théologien Thomas Oden : « depuis le début du christianisme, les Africains ont été très impliqués ». Longtemps la seule forme légitime du christianisme en Afrique étaient le modèle des pratiques européennes : tout ce qui venait d’Afrique était suspect. Aujourd’hui, nous revalorisons les pratiques chrétiennes développées en Afrique. C’est tout un patrimoine à redécouvrir et à partager avec l’Europe ! Pour prendre l’exemple de l’œcuménisme que j’étudie beaucoup dans ma thèse : là d’où je viens, il existe une liberté ecclésiale. Chacun, dans sa quête personnelle, peut se rendre dans des églises de différentes dénominations, sans que cela choque, crée de l’animosité ou de la suspicion. C’est une démarche appréciée et encouragée. Je pense que l’Europe a fort à gagner, en voyant ce qui se pratique ailleurs, et à s’en inspirer. L’intérêt est là. Des communautés travaillant dans des contextes interculturels, comme Témoigner Ensemble à Genève ou la Conférence des Eglises Francophones en Suisse Alémanique, ont tout de suite manifesté leur intérêt pour m’inviter.
D’où vient votre intérêt pour la théologie ?
C’est une vocation. Dès mes 6 ou 7 ans, je cherchais le sens théologique de tout ce qui m’entourait : la lumière, la lune, les montagnes… A cette époque, je commençais à peine à fréquenter l’école du dimanche et déjà ces questions m’habitaient. Ma « conscience de Dieu » s’est éveillée très tôt, et n’a fait que se renforcer dans le temps. Lorsque j’assistais aux cultes baptistes de mon enfance, je sentais vraiment la « réalité ultime » au fond de moi.
De là, la voie était tracée pour des études universitaires ?
Je suis fils de fermiers de la région de Kumasi : il y a eu du chemin de mon village jusqu’à l’université d’Accra, la capitale. J’ai eu la chance de pouvoir rentrer au lycée où j’ai rapidement rejoint une « scripture union » : c’est une forme d’association étudiante œcuménique que l’on rencontre beaucoup au Ghana. Dès lors, il y a eu une vraie énergie collective. On m’a nommé secrétaire de l’association, puis on m’a poussé à être chapelain du lycée. Pour moi c’était trop de responsabilités, je n’en voulais pas ! Mais les responsables ont laissé le poste vacant jusqu’à ce que finalement j’accepte. Lorsque j’ai été sélectionné pour faire partie des 4 étudiants de mon lycée qui iraient à l’université, mes professeurs m’ont inscrit en bachelor d’études religieuses sans même me consulter. Moi, à l’époque, je voulais faire du droit. Aujourd’hui, je vois cela comme faisant partie de mon destin. Je n’ai jamais regretté d’avoir entrepris ces études. Je suis maintenant en doctorat et en Europe grâce à une bourse Erasmus.
Informations complémentaires (en anglais) : https://ecclesiasticalhistorysociety.com/endorsed-projects