Lorsque l’on évoque le Japon, il est impossible de passer sous silence l’incroyable richesse et la diversité de ses pratiques religieuses. Des sanctuaires shintoïstes aux temples bouddhistes, en passant par les influences confucianistes ou encore taoïstes qui caractérisent le paysage spirituel japonais, explorer les religions du Japon, c’est plonger dans un univers pluriel et complexe. Enquête sur le terrain.
La présence chrétienne contemporaine au Japon est rarement évoquée dans les médias ou les discussions publiques. Il y a deux raisons à cela : Contrairement à la Corée du Sud où les chrétiens représentent plus de 30% de la population, leur nombre est inférieur à 2% au Japon. De plus, l’attention est souvent portée sur l’histoire tumultueuse de la présence chrétienne dans l’archipel, ce qui focalise l’angle d’approche sur un passé conflictuel.
Notre démarche
Notre approche se fixe comme objectif d’explorer différentes communautés chrétiennes à Kyōto, de traditions et de formes distinctes. Au cœur de notre investigation, nous mettrons en avant les éléments d’innovation qui caractérisent ces Églises. Nous nous interrogerons sur la manière dont les Églises vivent leur existence au sein du contexte japonais et comment elles parviennent à affirmer leurs spécificités au sein de la diversité spirituelle locale. Cette quête vise à élucider la manière dont ces communautés chrétiennes s’intègrent dans le tissu culturel et religieux de Kyōto, offrant ainsi un éclairage unique sur la coexistence des différentes spiritualités dans la ville.
Des chrétiens au Japon ?
Au XVIe siècle, la chrétienté fait son apparition au Japon avec l’arrivée de missionnaires catholiques originaires du Portugal et d’Espagne, déjà bien établis en Asie orientale. De 1549 à 1640, le christianisme prospère au Japon, avec deux pôles d’influence: Miyako, ancien nom de Kyōto, et l’île de Kyushu, notamment à Nagasaki. Très tôt, les Japonais se méfient des missionnaires et perçoivent la croyance chrétienne comme une menace étrangère.
Malgré des édits d’interdiction, les conversions persistent jusqu’au XVIIe siècle. En 1614 Tokugawa Ieyasu promulgue l’édit d’interdiction du christianisme qui scelle la disparition de la chrétienté en terre japonaise jusqu’en 1873.
Kyōto
Kyōto, ancienne capitale impériale et centre culturel du Japon jusqu’en 1868, conserve une empreinte profonde de son prestigieux passé, même après le transfert de la résidence de l’empereur Meiji à Tōkyō. Émergeant des vastes métropoles avec un charme empreint de mélancolie, Kyōto, jalonnée de mille temples et sanctuaires, a su accueillir une diversité de traditions chrétiennes au fil du temps. C’est dans cet environnement, au fil de nos rencontres et de nos explorations à travers le quadrillage des rues ancestrales de Kyōto, que nous conduirons notre enquête.
Différentes traditions qui cohabitent
À Kyōto, tout comme dans d’autres villes du Japon, il n’y a pas de communauté chrétienne majoritaire, mais plutôt une cohabitation de différentes traditions. La cathédrale de Kawaramachi, siège du diocèse de Kyōto, demeure le point central du catholicisme dans la préfecture. Pour les orthodoxes, c’est à la cathédrale de l’Annonciation qu’ils se rassemblent.
Les traditions réformées, telles que nous les connaissons en Occident, restent très marginales au Japon. En revanche, les courants évangéliques, revivalistes et anglicans-épiscopaux occupent une place plus significative dans la ville. Cette diversité de pratiques et de courants chrétiens reflète la richesse et la complexité du paysage religieux de Kyōto et du Japon dans son ensemble. A cela s’ajoutent des individus, seuls ou en duo, qui sillonnent la ville avec un mégaphone fixé sur le toit de leur voiture, appelant les passants – le plus souvent amusés – à se tourner vers le Christ.







